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L'émotion de censure : Partie 14

samedi 6 mars 2010, 17:50

Le solide bolide ressemblait confusément à son maître, étrangement prolétarien dans sa conception. Prudent, je pris soin de lui demander de ne pas allumer ses phares blafards ni son autoradio à hautes-vibrations intempestives. Je n'avais pas du tout envie de sortir en boite de nuit, ni d'en voir trente-six chandelles. Je suis persuadé que si je ne lui avais pas dit, le bourru l'aurait fait quand même, moitié bourré qu'il était… Une dernière connerie pour la route ? Je le téléguidais placidement vers l'endroit idéal, une espèce de remise en forme de garage dans une cour intérieure. Celle d'un épatant pâté d'immeubles empâtés dans l'un desquels se trouvait l'appartement de ma mère. Ce n'était pas loin, l'affaire de cinq minutes à peine… Les cinq dernières minutes… Un étroit endroit ou j'avais pu forniquer de jour comme de nuit sans jamais être réellement inquiété. Le paradis pour envoyer rapidement quelqu'un d'envahissant au septième ciel. A la lueur insignifiante de son zippo, j'ouvrais silencieusement la cave principale, puis la mienne. Arsène le cave avait le Hocquet... Hicque, Hicque, Hicque... Je détenais enfin la solution irrémédiable pour abréger ses souffrances et débarrasser ainsi la communauté de cette sangsue sans le sou. Sur un atelier de bricoleur du dimanche, j'avais déposé en prévision une sacoche sans provisions harmonieusement bourrée de papiers journaux pour ce dit manche. Deux cent mille francs toutes taxes incomprises, c'était exactement ce qu'il lui fallait pour acheter un camping car d'occase et partir à l'aventure sur les déroutes de France et de Navarre... La malle au trésor restait fermée à double tour bien sûr, je m'écartais, courbant le dos mais pas l'échine, lui fis une révérence sans préférence. Dans l'ombre, j'agrippais fermement le pied de biche dissimulé à bon escient. Prêt à saluer cet inconscient.
_ Voilà votre or mon brave !
Je souriais comme un gamin sûr de son coup.
_ Je te remercie, t'es un mec de parole, je peux te serrer la paluche avant de prendre le fric ?
Ce navet qui battait des records de naïveté me tendit sans attendre sa pogne pleine de phalanges déchues, tout en m'affublant d'un tas de qualificatifs honorifiques. Cet idiot du village s'est même mis à chialer tellement il m'estimait et me mésestimait... tellement il avait trop picolé, et pas que du petit lait. Je n'allais quand même pas assassiner quelqu'un après lui avoir cordialement serré la main… Ce n'est pas honnête, j'avais ma dignité après tout. Tant pis pour lui si cela fait plus mal, tant mieux pour moi si ça pouvait faire plus vrai... J'avais encore un rôle de décomposition pour cet acteur raté un peu plus tard.
_ Avec joie camarade d'infortune !
Je frappais énergiquement plusieurs coups secs comme les couilles à Job. La taloche d'attaque, très technique et puissante à la fois, lui broya complètement la mâchoire. N'avais-je pas pratiqué un peu d'arts martiaux plus jeune ? Sa langue écrasée, les dents de devant pulvérisées dans un torrent de sang, il ne pourrait plus gueuler. L'affaire était entendue qu'on ne l'entendrait plus. Ce ne fut qu'une victime acceptable qui ne me posa guère de problèmes insolubles. Le corps du corniaud s'écroula fébrilement sur la toile pas vraiment cirée que j'avais élégamment installée plusieurs jours auparavant. Tout allait pour le mieux, je mélangeais alors les estocades de pied de biche avec mes culottées bottées. Sous la puissance de mes coups de pieds au but, il s'était recroquevillé en position foetale, prêt à repartir comme il était pitoyablement apparu trente années plus tôt. L'hémoglobine se débinait mais pas suffisamment à mon humble avis. Mon martyr satire ne devait pas encore être entièrement trépassé par les événements. J'infligeais alors une atteinte affligeante à son crâne d'œuf jusqu'à lors épargné. Une ravissante fontaine incarnat mit fin à mes doutes redoutés, et aux siens par la même occasion. Malgré ma répugnance, je pris mollement son pouls au niveau du cou. Rien, plus rien... Pas un battement de cil. Par mesure de précaution,  je vérifiais quand même plusieurs fois, puis soulagé me résignais à repartir vers d'autres aventures pittoresques. Pas vraiment emballé,  j'emballais l'immense bonbon à la fraise dans son pimpant papier cadeau, je ne crois pas que j'aurais apprécié que son jus se répande un peu partout comme la bonne nouvelle. Vous voulez du jus ? Ce n'est pas tous les jours Noël, n'est-ce pas ?

L'émotion de censure : Partie 13

lundi 1 mars 2010, 07:47

_ Je t'avais dit que j'appellerai le moment venu !
Je le toisais, hautain, célestin et déçu à la fois, tout en trinquant à la santé irlandaise de Jack. L'autre souriait, son perpétuel rictus d'anus semblait en dire bien long sur son obsédante débilité. Fier comme D'Artagnan, encore tout auréolé de son ébauche d'assassinat, débauché, il s'attendait sans doute à ce que je lui offre glorieusement son diplôme de flingueur premier degré. Trop stupide pour con prendre, il n'aurait même pas le droit à cet humour second degré me caractérisant d'ordinaire, plutôt celui qui fait froid dans le dos, qui hérisse tous les poils du cul sans exception, même ceux fébrilement scotchés par la merde. Déchaîné, j'enchaînais, j'avais une occasion inespérée de déstabiliser complètement ce pauvre imbécile. L'occasion fait le larron.
_ Les policiers m'ont interrogé toute la journée, Ces fouineurs se doutent que ce n'est pas un insignifiant suicide... Et toi, pourquoi tu me suis ? Qu'est-ce que tu me veux ?
_ Je, je... je voulais te voir, je ne t'ai pas eu au téléphone depuis que j'ai... Les flics, y savent quoi exactement ?
C'était tout bon, il paniquait, son bras tatoué, pas doué avait de plus de plus de peine à lui porter le bock à la bouche. Bouche bée qu'il était, stupéfait d'apprendre que les poulets fermiers savaient alors que je lui avais tout appris pour qu'ils ne sachent pas… Étonnant non ? C'était son unique méfait d'envergure, jusqu'à lors, cet arpète les plombs ne s'était contenté que de menus larcins peu appétissants. Rien d'extraordinaire au demeurant pour le demeuré... Comble de tout, leur moderne juke-box en forme de distributeur de boissons crasseuses passait invariablement des blues trépassés d'un certain Tony Joe White, flopées de mélopées glorifiant incidemment sa corvée salopée. Calme et serein, je passais sobrement en revue l'indulgente gante féminine qui peuplait puis dépeuplait les affables tables autour de nous. A la lueur glauque de chaque guéridon, je crus apercevoir Madeleine... Pas de veine, elle n'hantait pas ces lieux, milieux ennuyeux, incapable désormais d'empêcher ce sordide complicide dont je me languissais... Je savais aussi que de familiers limiers me suivaient héroïquement, me collaient comme la merde derrière le troufion d'un clebs. Les chiens de garde restaient dehors, camouflés, emmitouflés dans une Peugeot pas jojo flambant le keuf, à quelques traces de pneus de ma  propre voiture. Ils devaient se douter que j'étais foncièrement nuisible, pas Arsène... Ce qu'ils ignoraient sûrement, c'est que ce repaire pépère, assez récent au Havre possédait chichement deux entrées gratuites, une de trop pour une impayable paire d'inséparables abrutis. J'allais donc pouvoir gloutonnement attaquer le plat principal qui lui non plu ne manquait pas de relief. Mon triste sbire évacua enfin des chiottes où il s'était vidé, il semblait s'être trompé de bocal en changeant son poisson d'eau. Quant à son pantalon, il ne faisait plus le fanfaron, fâché d'avoir été maladroitement tâché par cette tâche si lâche.
_ Tu veux ta part de gâteau, je présume ?
Je présumais innocent, songeant surtout à la cerise que je me taperais sur son gâteau empoisonné. Lui, l'ennuyeux aurait le noyau.
_ T'as le fric ! fit-il un peu surpris. Cette annonce anodine semblait lui redonner quelques couleurs, faute de goût.
_ Ouais... Où est garée ta grosse caisse ?
En avant la musique !
_ De l'autre côté. Pourquoi ?
Détendu, il tendit généreusement son bras dans la direction qu'il fallait. Malgré tout, je trouvais enfin un sens à sa vie de débauché, dommage qu'elle ne durerait plus suffisamment longtemps. Un peu de pédagogie, un poil de démagogie, beaucoup de sodomie et le vilain tour était joué. Il partit en éclaireur éclairé pendant que moi, je fis un tour aux toilettes me rafraîchir les idées et le visage puis le rejoignais sans tarder. Apprêté, je m'apprêtais à passer une nuit blanche quoique pas vraiment innocente. Ce con sursitaire avait trop confiance en moi, or il ne faut jamais faire confiance à personne... Et ne jamais dire jamais.

L'émotion de censure : Partie 12

lundi 16 février 2010, 14:49

Après, j'ai du m'endormir, toujours est-il que lorsque je me réveillais, ma nouvelle raison de vivre n'était plus là. Cette âme sœur, ce trou frère avait disparu. Juste un mot, pas un remerciement : Claque bien la porte en partant ! Déçu, désemparé, je me rhabillais à la sauvette, voulant fuir le plus vite possible cette odeur désagréable d'après l'amour. Cet affreux mélange de semence et de sueurs, relents intimes de marée basse. Un arrière goût dans la bouche. Dégoût. Comme je l'avait si bien imaginé, sa porte métallique se referma automatiquement derrière mes pas, me jetant sans ménagement dans la fosse aux lions. Sceptique malgré l'heure tardive, je décidais d'aller boire un dernier verre, croyant opportun d'arroser une seconde fois ce béguin naissant. Pas le sien vraisemblablement. Les rues perdues de ce coin-ci du Havre n'étant pas très sûres, je déambulais d'un pas rapide, négatif, réfléchissant à son comportement quelque peu baroque mais somme tout attachant. Sadomasochiste, j'avais bien sûr de moi laissé mes coordonnées au sommet du récepteur de cette ingénieuse ingénue, espérant vaguement qu'elle se rappellerait bientôt à mon souvenir impérissable. Ma Fidèle Renault 21 toujours sur son 31 n'était pas loin heureusement. J'enfourchais sèchement ma monture puis disparaissais au triple galop dans un nuage de poussières belliqueuses. A l'intérieur de mon aquarium motorisé, je n'avais peur de rien, sauf de moi-même forcément. Gare aux tristes rencontres que je faisais...
_ Enculé !
_ Regarde ou tu vas pieds-cons !
_ Espèce de larve, accélère !

Confortablement calé dans son fauteuil, une main sur le volant virevoltant, l'autre sur l'autoradio, il se sentait mâle. Il pouvait sans risques démesurés insulter tout l'univers, personne ne l'entendrait à travers les vitres sans teint. Quartier de l'Eure-Notre-Dame, c'était comme une étape du Paris-Dakar, il fallait accélérer sans cesse... surtout ne pas s'attarder sur la misère ambiante. Tous ces paumés qui erraient sur le bitume ne lui faisaient pas pitié mais l'effrayaient plutôt, la compassion reste l'attirail des héros fatigués, lui, franchement, ne semblait pas en être un. Il parqua rapidement son véhicule dans une vénale venelle du centre-ville puis s'engagea vers une autre plus enflammée ou les débits de poisons étaient légions étranges, apostrophant les noctambules par leurs devantures multicolores. Vaines promesses d'aventures incolores, mais non de déboires indolores. Un bref coup d'œil averti sur les trois premiers, il décida finalement de s'attabler au comptoir plus expressif du quatrième. Il n'y avait jamais eu ses habitudes bien sûr, les seules gaudrioles qui l'attiraient désormais étaient les quelques prometteuses jeunettes qu'il avait entr'aperçu et l'apparente tranquillité de l'endroit. L'envers du décor ne paraissait pas lui déplaire non plus. Il semblait sobrement attendre quelqu'un, quelque chose, quelque part... Le barman sans doute... On lui servit un whisky, un Jack Daniel's...
_ A la tienne Étienne !
Lui proféra une voix d'adolescent prépubère accompagnant la poigne bagousée qui venait de s'allonger nonchalamment sur son épaule préférée. Cette voix semblait sans issue. Impasse, perd et manque. Un timbre glacé, que la poste n'aurait jamais voulu valider. Le prototype qui se cachait derrière moi empestait la mort, mais laquelle ? Arsène Hicque était un cas rare, curare, véritable poison dans l'eau... anisée. Visage pâle aux cheveux gras et à la mèche hirsute, boitant comme un cow-boy solitaire qui n'aurait pas abandonné son canasson depuis trois lunes au moins. Pantalon de cuir de dur à cuire, santiags usées avec kit éperons en option, chemise à carreaux qui ne s'est pas toujours tenue à carreaux, ceinturon en véritable peau de couilles de bisons... J'en passe et des meilleures. Ce n'était pas lui le meilleur en tout cas pour un assassin, plutôt un vulgaire tueur en série B, un tueur à gags, un looser des hameaux mal famés. J'aurais bien scalpé ce sale clown sur le plancher cendreux du saloon, mais valait mieux laisser pour l'instant la hache de guerre dans ses derniers retranchements. Après tout, j'allais probablement avoir cette nuit une aubaine inespérée de zigouiller l'innommable meurtrier de mon père manant.

L'émotion de censure : Partie 11 

mercredi 10 février 2010, 19:54

Je me permettais hardiment ces brèves incursions car elle même ne se gênait pas, s'étant depuis longtemps approprié ma paisible vallée asséchée qu'elle visitait inlassablement du bout de la paume de ses doigts. J'adorais son corps des bennes, il sentait la vanille et pourtant elle avait un curieux goût de noix de coco. Stalinien, je dévorais cette communiste, affamé que j'étais par toutes ses formes appétissantes et compatissantes. L'air de rien mais un air connu, sans pour autant nous déconcentrer, nous nous étions déshabillés mutuellement. Certains de nos habits avaient dû craquer, ma coquette liquette notamment, déchirée entre son amour pour moi et celui plus charnel pour Madeleine...
_ Prends-moi !
Me murmura-t-elle sulfureuse. Persécuté, je m'exécutais sans rechigner une nouvelle fois. J'allais sacrifier la bête, le glaive prêt à frapper. L'aiguille des minutes s'intercalait maintenant dans l'axe de celle des heures, je découvrais ses seins insensés. De glace, ils n'étaient point, aussi chaleureux que mes mains étaient moites. Fortes de cette différence et soucieuses de tolérance, elles s'en allèrent donc sympathiser avec ces mamelles de la France. L'une d'elles, bien qu'elle rencontra un certain succès, dut s'échapper un court instant pour aiguiller le train corail de 20 h 13 sur les rails du coït. Après un léger problème venu d'un passager quelque peu en retard, un dénommé Plastic Bertrand, la locomotive très motivée put enfin démarrer et pénétrer dans le tunnel du Fourre-vagin vers 20 h 17. Une quinzaine de minutes plus tard, après être passé et repassé par le même trajet, celui qui fut sur la fin, plus rapide qu'un TGV, s'immobilisa en gare de tirage.

Je me sentais bien, elle avait eu son orgasme en même temps que le mien, nous semblions beaux dans nos corps nus et ruisselants d'un plaisir qui peu à peu se dissipait. Sa tête, délicatement posée sur mes semblants de pectoraux, elle semblait somnoler. Sans bouger, j'en profitais pour étudier sa morphologie sous certaines de ses coutures, l'harmonie de ses courbes, son sexe humide, ses seins cinglants vers l'avenir, ses longues jambes de gazelle, ses petits pieds encore et toujours emmitouflés dans leurs chaussettes immaculées... Non, non, je ne l'avais pas enculé… Pour graver ce jour d'une oie blanche, j'aurais bien fumé une Malboro façon cow boy ou un énorme cigare genre golden boy, hélas, je ne fume pas... Je bois seulement. Tant pis ou presque, chevaleresque, je passais quelques doigts au travers de sa crinière, histoire de faire ressortir et ressentir une fierté somme toute usurpée. Peut-être ne dormait-elle pas ? Avais-je vraiment assuré comme une bête ? Ou bien, étais-je bête de ne pas lui demander de me  rassurer ? Ces angoissantes suspicions restaient en suspend comme le bout malodorant de mon prépuce collé sans trucages à quelques millimètres de mon nombril susceptible, par une irréductible goutte de sperme.

L'émotion de censure : Partie 10

lundi 1 février 2010, 12:28

Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours détesté le téléphone, ne pas voir ceux à qui on parle. La vie n'est pas aussi simple qu'un coup de fil... C'était plutôt un coup de foudre ou une envie subite d'éjaculer, qui m'avaient poussé à attendre, fleurs à la bandoulière, costume trois pièces sur le palier pas liant d'un appartement qui ne semblait pas en contenir beaucoup plus. Il n'y avait pas de sonnette... J'avais frappé trois coups... Le rideau se leva laborieusement, le soleil se coucherait aussi. Satinée, satanée, elle apparut, m'apparut plus délicieuse encore que je ne l'avais goûté dans la matinée. Dégoûté, j'avais vraiment beaucoup de mal à croire que cette bombe à hydrogène n'était qu'une prostituée à la vertu destituée... plutôt une étudiante mal orientée. Elle respirait l'intelligence artificielle. Cette allumeuse un peu allumée vivotait dans une résidence universitaire, pas très loin de la faculté, grâce à deux, trois pascals tendus à deux, trois rascals au commissariat, je n'avais pas eu aucun mal à retrouver ses traces fugaces. Elle m'avait ouvert la porte de son jardin secret en tenue de circonstances si j'ose dire. Il n'était que huit heures du soir déjà elle avait enfilé une chemise de nuit blanche pour noctambules endurcis qui s'arrêtait tranquillement au milieu de ses cuisses, attendant je ne sais quoi pour repartir. Allais-je enfiler celle qui avait enfilé cette modeste tenue de soirée ? Bref, je craquais encore plus sur ces jolies socquettes ivoiriennes, le laquais parquet aussi. Femme à lunettes, femme à... elle enleva les siennes, mauvais présage... Madeleine semblait plutôt vouloir se donner un genre comme si elle ne souhaitait plus trop se souvenir de moi.  N'avais-je pas été à la hauteur ? Vingt-deux centimètres pourtant…
_ Bonsoir !  me fit-elle quand même de ses deux lèvres que je courrais à la fois. Quelques banalités, les miennes, rien d'alléchant de marin... Le temps qu'elle noie distraitement son chagrin et les quelques roses fuchsia dans un verre à moutarde et nous voilà sagement installés sur un divin divan tiré à quatre épingles. Pas de répliques triées sur le volet, elle adore japper sur ses cours de droit en épiant les frasques télévisuelles me dit-elle, hertzienne. Et mon programme dans tout cela, ce n'était ni la une, ni la deux, mais la lune tout les deux. Tant pis, pas de patin ce soir, pas de baiser... si, moi au participe passé. Visiblement avec elle non plus je n'avais pas d'avenir. En plus, elle bouffait bruyamment des chips en regardant le faux journal de l'impudique chaîne publique. Quelle déception ! Quelle emmerdeuse ! J'allais partir sur la pointe des seins... je me lève et je la bouscule, elle ne se réveille pas, comme d'habitude...
_ Je vais vous laisser, excusez-moi de vous avoir dérangé, mais méfiez-vous quand même de cette benne à ordures... Au revoir !
Elle ne répondit rien comme de bien entendu. Cinq, quatre, trois, deux, un, le zéro malheureux que j'étais enclenchait timidement la porte de secours quand soudain...
_ Restez... Mais, vous savez, je ne suis pas une pute...
C'était magnifique, elle avait éteint son tube cathodique et ouvert la bouche au moment ou je n'y croyais plus, le dernier, le meilleur, je crois... Elle pensait à un tube moins catholique. En supplément gratuit, elle avait énoncé une phrase courte mais intelligente, la première véritable de notre relation, comme quoi, j'étais peut-être tombé sur la perle rare, une de ces introuvables femelles qui soit à la fois mirifiques et perspicaces. Tout ce que je ne supporte pas en quelque sorte chez les hommes de quelque sorte que ce soit. Suffoqué par une telle minutie, je ne pus répliquer qu'une timide et bien modeste réplique pas piquée des vers mais à un certain Jean Gabin.
_ Je sais, je sais. 
Suivi d'un silence accommodant.
_ Allez…Venez !
J'obéis sans rechigner, docile comme un toutou à sa maîtresse, remuant la queue à tout va. Va médor, chercher ton joli nonos... Cette fille bandante que j'embrassais la langue pendante incitait inhumainement à la débauche, trop belle, trop douce. Je n'osais rien, elle encourageait tout. Elle prit ma main droite qu'elle glissa tout doucement entre ses cuisses. Et si j'avais été gaucher ? Elle ne portait rien sous la candide blancheur de sa chemise de nuit, juste le plus profond de mes pensées du moment. Mes doigts n'en croyaient pas leurs yeux, ils exploraient allègrement un territoire vierge de toute végétation. Madeleine ne supportait pas les poils, les siens. Le pubien, c'est moins bien. Quant aux miens, elle semblait s'en accommoder. Avec une agilité et une prouesse que je qualifierais de stupéfiantes, elle avait additionné nos corps pour n'en faire plus qu'un chiffre érotique. Méli-mélo, c'est plus rigolo. Sa bouche, sa langue et ses lèvres formaient une équipe admirable, très collective. Je crus pendant longtemps que mon sexe en fonderait de plaisir comme un esquimau dans un four crématoire. Moins doué sûrement mais plus travailleur aussi, je m'efforçais de lui procurer autant de jouissance qu'elle m'en donnait. Et dieu que ce n'était pas une mince affaire avec cette si bonne affaire. La tête blottie au sommet de ses superbes jambes, je visitais et revisitais sans cesse les inoubliables monuments que m'offrait gratuitement cette cité excitée excitante. M'aventurant même au bout du couloir qui mène à l'entrée des artistes, que mes mains écarquillaient si gentiment par pure politesse. Le plus âgé de mes doigts, le majeur et vacciné, s'engouffrait alors hardiment dans la brèche. Un petit Jésus dans sa brèche… Heureusement que les rois mages n'étaient pas dans les parages sinon ils auraient pris part au carnage. Un nouveau gang bang, cinq milliards d'années après…

L'émotion de censure : Partie 9

dimanche 24 janvier 2010, 19:24

Des mouches louches volaient dans leur silence réprobateur, Abouard relâcha doucement son emprise sur le suspect principal et s'assit maladroitement sur le bureau des pleurs. Une de ses flasques fesses en profita incidemment pour jeter malencontreusement la pendulette dans la vide. Encore un meurtre camouflé en suicide... Un éclat de verre plus tard, Menvussa tapait modérément dans ses mains moites.
_ Bravo, belle démonstration, très spectaculaire, je reviendrais pour le même prix... dommage que vous ayez une abominable haleine de phoque. C'est peut-être parce que vous êtes pédé ? La merde que vous avez dans le cul, vos petits copains vous la font sans doute remonter jusqu'aux amygdales... Vous savez, il existe aujourd'hui d'excellents After Shaves pour ce que vous avez... Ma tante Amandine d'ailleurs a eu...
Le grand brun avec deux chaussures noires leva la main droite du diable, pour finalement se raviser. Se raviser pour mieux régner.
_ Tu ferais mieux de ne pas la jouer trop finaude avec moi, petite tarlouze... T'as de la chance qu'on ai encore rien contre toi pour l'instant... Mais tu ne paies rien pour attendre, je ne suis pas pressé…En attendant, tu me feras le plaisir de faire une déposition dans les règles de lard à l'un de mes adjoints.
Il n'est point de sot métier. La voix de la raison du plus fort est souvent la meilleure, la sienne appela donc énergiquement un certain coton tige... C'est bien connu, Pierre Kiroule n'amasse pas mousse. Ca roule pour Kiroule, en deux temps, trois mouvements, son assistant insistant qui ressemblait effectivement à un coton tige après usage fit son apparition. Ses cheveux blancs frisés, qui frisaient tantôt la cochonnerie, tantôt la calvitie, semblaient infestés d'énormes et inhumaines pellicules verdâtres. Je le suivis sans mot dire, maudissant plutôt son connard de patron... Il partageait un office, orifice dégueulasse avec une espèce d'andouille rondouillarde qui se bâfrait paisiblement de barres chocolatées. Mentirais-je avec de fausses vérités ou m'en tirerais-je avec de vrais mensonges ? C'était la question aux choix multiples... QCM, CQFD ? Pour l'instant on me demandait surtout des réponses claires et précises... à des interrogations turlupinantes du genre :
_ Nous aimerions avoir votre emploi du temps détaillé entre le dix août et le dix septembre dernier ?
Le chicot ne faisait plus de chiquet, il se voulait sérieux, appliqué, concentré mais ticuleux... Ses longues mains crispées tremblaient consciencieusement sur une bécane ringarde qui devait être encore plus rouillée que son utilisateur du moment. C'était dire l'âge de l'antiquité.
_ Vous plaisantez ?
Fis-je très légèrement désabusé. J'avais regardé pas mal de "Navarrin" et autres "Julie l'escroc" durant mes folles années de téléspectateur non averti, naïvement, je croyais pouvoir apprivoiser ces bestiaux sans enclos. Souvent, la réalité dépasse l'affliction, j'essayais donc une fois encore de mettre une pincée d'humour dans leur plat exotique qui ne me paraissait guère appétissant.
_ A partir de quel jour exactement ?
C'est mal parti mon kiki !
_ Le mercredi dix août, jour de la Saint-Laurent.
Il me faisait l'effet Méride ? Bonjour l'angoisse, l'invalide de guerre lasse ne devait déjà plus se rappeler de ce qu'il avait bouffé la vieille au soir et moi, l'idiot du village, j'aurais dû me souvenir de tout et de rien depuis un mois et demi…
_ Ah, réfléchissons... Je me suis levé à l'horreur vers 7 heures, j'ai été faire pipi... je crois que j'en ai mis un peu à côté d'ailleurs !  Après, j'ai été déjeuner... Il me semble bien que ce matin là j'aie mis quatre tartines de pain dans mon bol de chocolat,... J'avais la dalle. Ensuite, pris de remords et d'une grosse envie de chier, j'ai été couler un bronze avant de me couler un bain, ce qui a pris du temps et du papier, vu mes problèmes intestinaux... Le mardi, je m'étais sustenté d'un succulent...
Mon couplet ne les intéressant pas outre mesure, mais alors pas du tout, je fus coupé net dans mon élan. A quoi ça cerf ? Le mastodonte venait vraisemblablement d'engloutir un morceau de poulet fermier puisque les mains innocentes qui m'agrippaient par-derrière me paraissaient horriblement grasses.
_ Tu vas arrêter de nous prendre pour des cons pendant cinq minutes, sinon, je crois que je vais me fâcher !
Il n'en s'en doutait pas, mais privé ainsi d'oxygène, je ne pouvais guère lui répondre. Lui, les bras musclés, la tête que devait représenter hélas coton tige fit signe de calmer le jeu. Je de massacre. Écarlate, vert de rage aussi, je vérifiais hâtivement s'il y avait toujours mon cou pour leur tenir tête, à l'image de ces poules guillotinées qui se débattent encore alors qu'elles ont perdu la tête. J'en profitais également pour acquiescer, faute de mieux.  A qui est-ce ? A moi… Quelques giclées de secondes plus tard, l'interrogatoire, mon purgatoire reprit dans des conditions relativement convenables. Le repoussant poussah resta continuellement derrière mon râble, rotant et pétant régulièrement en signe de bonne santé sans doute. L'argent n'a pas d'odeur, ce citoyen si moyen ne devait pas avoir beaucoup de pognon sur lui… Ne voulant pas rester éternellement enfermé avec ces bêtes sauvages en liberté inconditionnelle, je restais placide et décidais d'évacuer convenablement leurs questions dérisoires. Habitant à plus de cinq cents bornes de cette charmante bourgade, ils ne pouvaient que très difficilement faire de moi un meurtrier idéal. Leur cérémonial, mon chemin de croix durèrent plus de trois heures... Une éternité.

L'émotion de censure : Partie 8

lundi 18 janvier 2010, 12:48

Débarquant trop tôt au commissariat, il voulut en profiter pour remettre les pendules à l'heure avec Ticolis. Un vigile nommé Virgile lui divulgua peiné que celui-ci était inopinément parti en congé annuel pour une dizaine de jours, comme l'indiquait sa feuille de présence... Absence, les absents ont toujours tort. Bizarre, vous avez dit bizarre ! Tant pis pour Menvussa qui abusa de son avance pour cogiter sereinement sur les faiblesses des forces de l'ordre. Atterré, il n'y avait pas cru lorsqu'on avait osé lui déblatérer qu'ils molestaient encore sur des machines à écrire, et pourtant... Ces pauvres hères n'étaient pas des machines, eux, loin de là, aussi énergiques que d'ordinaires fonctionnaires, l'abattement en supplément. Il poireautait  entre une délétère hétaire et un gueux rugueux. Une assistante sociale et un représentant en boissons alcoolisées, pour les âmes politiques ou pour les moins pessimistes... L'un roupillait sans rien laisser alors que l'autre plus mesurée avait habilement juché sa polissonne pelisse, d'une manière stratégique entre ses élégantes cuisses et celles plus robustes de son voisin. Sans prendre de gants, elle entreprit vigoureusement, à l'aide de sa main experte, l'entrejambe de l'élégant entre les passages informes d'hommes en uniformes. On entendit d'abord le couinement furtif d'une braguette qui se laisse aller puis le brusque redressement de l'économie française. Les poulets ne se doutaient de rien et lui prenait visiblement un certain plaisir avec cette incertaine schtroumphette quelque peu nymphette... Elle avait la main sûre et aussi douce qu'une pêche bien mûre. Elle était entrée dans son intimité comme un poisson mollasson dans l'eau vive, lui murmurant d'abord quelques délices passionnés pas forcément passionnants pour calmer ses appréhensions. Puis sa bouche se tut, on ne parle pas la bouche pleine… Lui était vivant et bien vivant, il se doutait finalement que cette crapule ne ferait pas de quartiers, ne faisant qu'une bouchée de ses derniers scrupules. A bien y réfléchir, cette bouche un coin était merveilleusement séduisante, parée de longs cheveux d'or fins avec des yeux si verts, désespérément innocents. Madeleine avait l'air si mûre pourtant. On aurait volontiers imaginé que c'était une fée s'ébrouant génialement avec une baguette qui, elle, n'était hélas pas toujours magique... Tragique.

Le sort qu'elle me jeta ne fut pas vraiment magique non plus. Un grizzli mal léché peut-être, mal sucé sûrement, sortit brusquement et sans manières d'une tanière que je croyais inoccupée car éteinte. Lui ne l'était pas... éteint.
_ Monsieur Menvussa, lorsque vous aurez fini de jouer à touche-pipi avec cette catin, j'apprécierais de vous tenir la chandelle dans mon bureau !  "
Hé, tiens... dans les dents ! Doctoresse es fellations, je n'avais pas senti les siennes. Comme par désenchantement, la reine des abeilles s'envola butiner ailleurs. Vers d'autres fleurs du mâle ? Le miel que j'avais voluptueusement senti grimper en moi gardait un goût terriblement amer, j'avais l'air d'un con, frustré en plus...  L'ours hibernait, obligé désobligeant. Je le rejoignis. Le bourreau style Vingtième siècle restait sobrement austère à l'inverse du commissaire dont je soupçonnais physiologiquement un léger, voire un " Berger " penchant pour l'alcool. Ce porc avait les pores dilatés, le visage rougis par la vinasse et les braies tombantes comme s'il trimbalait le poids démentiel de ses entrailles... Incontinent, l'achat gagnant. J'avais décidé de la jouer cynique, et tant pis s'il me nique...
_ Faussement désolé pour ce moment d'égarement. Que puis-je pour vous Monsieur le commissaire ?
Je n'étais pas chaud pour tailler une bavette injustifiée avec ce justicier qui me faisait froid dans le dos.
_ Pour moi, pas plus que pour la libido dégueulasse de cette pétasse... pour la justice, beaucoup si elle veut bien de toi...
Le haut fonctionnaire, frisant bon la connerie et frôlant les 190 centimètres au bas mot, l'observait, hagard, guettant une réaction bizarre au hasard. Il reprit comme si de rien n'était. Et rien n'était puisque nous n'étions que poussières et nous retournerions inévitablement tels quels. Moi qui suis allergique aux teckels, aux acadiens... et à leurs maîtres.
_ J'ai de mauvaises raisons de croire que ton père a été gauchement assassiné.
La mine explosive de Menvussa se renfrogna, il semblait mi-amusé, mi-stupéfait. Mi-figue, mi-raisin... Impulsif, il répliqua, pas appliqué, bêtement, probablement inconscient, bégayant à l'emporte pièce.
_ Pou, pou, pou, pourquoi ?
_ Pou, pou, pou, pourris ! lui répondit sans tics ni tact mais du tac au tac la grande perche détendue qui forte de son effet se dressa et empoigna Menvussa par le colback. Colback, baby colback. La pendulette en toc faisait alors tic tac. Puis, il reprit son sens inné de la conversation.
_ Tu vois petit con, la thèse du pauvre vieux plein de fric qui se serait tailladé les veines avec un couteau à beurre, la fenêtre ouverte, complètement défoncé au pastis, anesthésié avec un tube entier de cachets, le tout sans aucune lettre d'explication, j'ai du mal à y croire... Ton scénario bidon ne tient pas la route… trop abracadabrant. Faudra me trouver un canevas mieux ficelé, plus cohérent, si tu vois ce que je veux dire !
Sa respiration s'emballait et son souffle devenait de plus en plus rauque comme s'il allait enfin atteindre l'orgasme à force de branler les mouchards. A l'inverse, l'agressé se taisait, regardait l'agresseur dans les pupilles de la nation. La moutarde lui montait au nez, heureusement d'ailleurs car l'autre avec son dentier jauni puait inhumainement de la gueule.
_ S'il vous plaît, lâchez moi ou reculez-vous, vous refoulez trop du goulot, c'est ingérable !
_ La tête ailleurs, il tenta mollement d'échapper au souffle divin. Le poulet grippé, au contraire, ne lui lâcha pas la grappe, continuant allègrement de le picorer.  "
_ Ferme-la et écoutes tête de nœud ! Ce que tu ne sais pas, c'est que je connaissais assez bien ton Pater.
_ Amen.
_ On a été à la communale ensemble…D'accord, on ne s'est pas revu depuis dix piges au moins mais je sais assurément qu'il ne se serait pas suicidé d'une façon aussi... discrète, si tu vois ce que je veux dire. Ce mec était trop mégalomane, il se serait crucifié à la Jésus Christ s'il avait pu, aurait laissé un pathétique roman d'adieu bourré de fautes d'orthographe sur sa table de nuit ou se serait jeté du Pont de Normandie sans élastique mais avec une cape noire par un dimanche ensoleillé... je ne sais pas moi... Et puis, il n'était pas suffisamment téméraire pour accomplir un acte reconnu paradoxalement comme le plus lâche de tous...

L'émotion de censure : Partie 7

samedi 9 janvier 2010, 22:17

Ce jour là, je conquérais le Monde de ma table d'écoute, pour patienter intellectuellement, et pour amadouer peut-être... Il y avait beaucoup d'autre monde dans la brasserie, quelques ravissantes demoiselles aux sourires sibyllins et une si vilaine gueule, la mienne. Des cornards mondialement inconnus avaient déclaré un soir de pluie et de brouillard que la vraie beauté venait de l'âme, ils auraient mieux fait de se voiler la face ce jour là ou d'enlever la merde qu'ils avaient dans les yeux...  Pour plaire ou se complaire dans ces cas là, mieux vaut lire un journal  comme le Monde que les avatars quotidiens de sportifs hormonés dans l'Équipe. Aux sodomies mouchetées et indécences métaphysiques, un hétérosexuel pur et dur privilégiera toujours les louables performances physiques. Même avec une moussante Pelforth brune, j'éprouvais d'énormes difficultés à ausculter puis occulter toutes les conneries que la communauté universelle invente ou réinvente chaque matin. Tant pis, j'étais bien dans mes souliers, dévisageant et envisageant le pire devant ces échasses dénudées, offertes aux seuls regards, réservées à tous mes fantasmes... Puis, j'aperçus enfin Victor, comme de coutume, il était lourdement à la bourre. Pigeon voyageur, il semblait cette fois partir encore plus loin qu'il n'ait jamais été avant l'hiver. Ses valises paraissaient impressionnantes, cachant laborieusement des yeux à la coke en pleine ébullition...

Philippe Menvussa souriait paisiblement, son suranné condisciple simulait vainement, sans réel succès. Humble saigneur de l'hypocrisie et habile négociateur, le pimpant directeur d'une agence d'urbanisme en plein boum, prit en main la conversation courte durée qui s'engageait sur un chemin semé d'embûches.
_ C'est quand même plus sympathique de se retrouver ici plutôt qu'au commissariat, non ?
Le fonctionnaire éprouvé approuva, dénouant nonchalamment une cravate de pingouin pour la glisser subtilement dans sa poche revolver. Beau joueur, il se mit enfin à table, cachant sa joie et avouant son plaisir devant ces nombreux vices de formes. De splendides extraterrestres envahissaient leur planète. Brunes, blondes, rousses, des colorées, décolorées, qu'importe, elles ne portaient que le superflu, suggérant l'impensable indispensable. Ces névrosés pas assez osés auraient volontiers fertilisé l'une de ces terres fertiles, inconnues, incongrues sur la table, autel du sacrifice, à proximité de tous ces étrangers. Menvussa se marrait. Comme il n'en avait jamais douté, cet acolyte alcoolique qu'il n'avait plus fréquenté depuis belle Lurette, n'avait pas changé ou si peu... Il reprit de plus belles, comme ces autres courtisanes courtisées et surchaussées se baladant désespérément séduisantes sur le trottoir déchaussé d'en face.
_ Sea, sex and sun vaudra toujours mieux que bistrot, boulot, dodo, aussi sûr que les assassins retournent toujours sur les lieux du crime. N'est-ce pas ?
Philippe n'était pas un joueur de basket, mais son physique trapu de lutteur grec complété par un vicelard regard de sicilien cocu auraient fait tourner le lait de plus d'une nourrice. Il en imposait, fringué comme un milord, la démarche chaloupée, rat rageur au sourire ravageur. Ce n'était qu'une image pas toujours sage, un stéréotype constipé qui vraisemblablement aspirait à tout et n'inspirait à rien, une parodie d'un comédien inconnu qui se prendrait à la fois pour Delon et Belmondo... Des acteurs d'une époque révolue, de vieilles photographies jaunies puis rajeunies à l'eau de chaux. Victor fut surpris, sans plus, il le savait provocateur, il le contempla pensif, les yeux flirtant avec ceux d'un suspect trop expansif, le souffrir carnassier au coin des lèvres :
_ Pourquoi tu me sors toutes ces conneries ?
_ Je ne sais pas... histoire de dérider l'atmosphère... Cinq ans que tu as disparu de ma circulation, mon soiffard de père s'est enfin zigouillé dans des conditions rocambolesques et toi, inspecteur de la criminelle, tu me téléphones trois jours après la mise en bière...
Tourmenté, le roussin se passa  les doigts dans ses cheveux mi-longs, mi-blonds, le cadre supérieur avait fait mouche une fois de plus, comme quand ils étaient moucherons... Décidément, le temps passait, et il n'y avait pas que les écrits qui restaient. Pendant les cours interminables de philo ou durant des conversations de piliers de bar forcément plus enivrantes, il avait inlassablement défendu l'essentialisme qui disait qu'avec l'âge les hommes ne changent pas, ils pourrissent... C'est différent, tout est dans la nuance. Dieu, odieux jusque là lui donnait entièrement raison, quoiqu'il fasse, il aurait toujours ce sentiment d'infériorité vis à vis de monsieur attaché-case.
_ Je voulais te rencontrer amicalement  avant que le commissaire ne le fasse demain. Ils ne savent pas que nous sommes amis, je... 
Menvussa qui lampait paisiblement le fond écumé de son soluble gazeux, ne put s'empêcher d'y ajouter laconiquement quelques bulles. C'était la goutte de bière qui faisait déborder le vase. Son verre devenait une vraie bande dessinée, ce qui fit se bidonner copieusement une bande décimée de disgracieuses et boutonneuses lycéennes attablées à leur gauche.
_ Amis ..? Sais-tu vraiment ce que ça veut dire être amis ? Non. Tu ne sais pas, d'ailleurs t'as jamais vraiment su...  Nous ne sommes plus copains depuis cinq ans, depuis que tu as décidé subitement de changer d'univers relationnel... Tu sais ce que j'en pense ? Je crois plutôt que tu cherches à démêler tout seul les noeuds d'une intrigue qui n'existe pas... Toute cette masturbation intellectuelle pour révéler à je ne sais qui que tu n'es pas entièrement raté. Je me trompe ?
La glace était brisée, le Perrier qui venait tout juste d'être servi, prenait enfin ses aises. Malaises. Victor avait tort, et le tort tue. Sa carapace fêlée, chélonien retourné, il ne pouvait plus manufacturer son illusion bon marché.
_ Je sais pertinemment que tu as toujours détesté ton père, et eux savent que tu as de sérieux problèmes d'argent et que l'héritage qu'il laisse va largement te permettre de renflouer le paquebot en rade qu'est ta boite à dessous de tables... Des bonnes raisons d'assassiner un homérique alcoolique, un abonné des putes et de la gerbe au pastis.               
Un partout, balle au centre des préoccupations. L'autre ne l'avait pas délaissé du regard, ses pupilles, cadets de ses soucis avaient été, un temps, des Kalachnikov puis peu à peu s'étaient radoucies. On ne tire pas sur une ambulance… Il gloussait, c'était probablement la seule chose  à ne pas faire. Le silence est d'or, la parole est d'argent. Philippe l'amidonné sortit chichement son larfouille capitonné pour célébrer le dommage rendu.
_ C'est l'heure de l'apéro, je t'offre quoi ? Un Pastis, un Martini, une main dans la gueule, un Whisky, un autre Perrier, une embrassade, des aveux, une larme ou un Kir, une larme de Kir peut-être..?
Désemparé, dépité, désespéré et que sais-je encore, Victor l'astronome hoqueta et leva les yeux au ciel avant de lever le camp, déconcentré. A cours de réponses psychologiquement plausibles au comportement singulier du garnement. Il se leva du mauvais pied, sortit quelques piécettes jetées agressivement dans le cendrier encore puceau de toute brûlure…
_ Désolé, mais c'est la vérité... Parler donne soif et nous n'avons plus rien à nous dire depuis plusieurs années. Les beuveries entre anciens, cela me fait chier. Je n'ai pas encore l'âge ou je ne l'ai plus, vas savoir... Bois un coup à ma santé. Tiens, t'y seras peut être bientôt à " La Santé "... Je t'aurais prévenu... Je t'avais appelé pour essayer de parler sérieusement. Enfin, tant pis… j'ai l'habitude avec toi. Adieu connard !
Les jetons de laiton ne résonnaient plus dans l'escarbilloire, la parole pas drôle de Victor reçut un écho défavorable. Il faudrait bien qu'il lui rende la monnaie de sa pièce. Alors que l'inspecteur prenait gauchement ses cliques puis ses claques, Menvussa junior faisait la moue, s'attardant mollement sur les ultimes phrases de l'individu qui maintenant le considérait et déconsidérait de loin, soupirant au volant d'une merdique automobile. Lui seul appréciait encore les contrepèteries et autres joutes grammaticales auxquelles ils se livraient adolescents délaissés... Quand le bateau coule, les rats quittent le navire…En bon capitaine de frégate, je me commandais évidemment une mousse plus fraîche puis décidais sans attendre de reprendre ma lecture du paysage avoisinant. Le lendemain matin, je tenais conciliabule chez Serge Abouard, l'éminent proéminent hiérarchique de Victor. Cette infirmité administrative me faisait énormément chier, il faut dire que l'attitude monarchique de son inférieur hiérarchique m'avait rendu très mélancolique néphrétique. Cette convocation embaumait la merde à plein blaire.

L'émotion de censure : Partie 6

lundi 4 janvier 2010, 09:38

Muda n'était pas barbu, tout juste barbichonneux, mais lorsqu'il vint se soulager sur la portière avant gauche de la Ford Escort noire de Ticolis, ce dernier moins soulagé ne s'embarrassa guère de questions subsidiaires. Tandis que l'autre, bourré comme une pipe à tabac, continuait de l'invectiver, le traitant de toutes sortes de noms d'oiseaux, il coupa net le…contact et descendit calmement de son carrosse. Il tenait une trique excentrique dans sa main gauche. Alors que le parking en stationnement se bondait graduellement d'un groupuscule abondant de badauds pas beaux, avides de sang, l'enquêteur de première classe agitait sans relâche son pustulant mais postulant zizi dans sa main droite, déterminé à asperger généreusement la poire d'une pauvre pomme avec son encombrant concombre. Cette escarmouche originale et néanmoins disproportionnée semblait pourtant perdue d'avance. Parmi les spectateurs mal intentionnés, certains candides, les plus sordides n'hésitèrent pas à sortir quelques billets doux pour gager sur cet affrontement mal engagé. Un gourdin contre une matraque, du jamais vu d'autant que le prince Albert était remarquablement membré, à faire pleurer un pachyderme épidermique qui trompe énormément. Opportuniste, son pantalon à pattes d'éléphant s'était radicalement baissé, dévoilant une splendide et indélébile paire de... genoux cagneux. N'ayant jamais eu l'âme tortueuse d'un troubadour ni celle d'un enfant de choeur, Victor s'en foutait royalement mais pas loyalement, il savait qu'il pourrait ainsi bouter le boute-en train sans qu'il puisse humainement se rebiffer. Encore, fallait-il agir dare-dare car les autres coquelets ne tarderaient pas à s'en mêler, s'emmêler aussi. Sang mêlé sûrement... alors que Barbe bleue les contemplait du plus haut de la lucarne de son spacieux pupitre. L'aile ou la cuisse ? Les deux mon commandant !

Pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître. Le coup initial d'une violence inouïe frappa Muda en plein dans le mille, son pauvre sexe éclata comme une tomate pourrie. Le vin coula à flot et dansèrent les badauds. De douleur, l'homme qui n'en était peut-être déjà plus un, s'agenouilla, implorant une quelconque providence, le dieu des testicules qui se barrent en couilles. Ses plaintes irrecevables se portaient mal, déchirant les ténèbres comme on lui avait lacéré son orgueilleux scrotum. Alors que Mister Goodbar agonisait, Farinelli ressuscitait au grand désespoir de Victor qui n'en pinçait que pour le flonflon français. Le bourreau des cœurs brisés décida donc d'abréger ses souffrances et celles du castra par la même occasion. Mieux vaut guérir que prévenir. Les cons voyeurs enflammés par cette représentation paludéenne se rapprochaient et devenaient plus menaçants. Les jeux du cirque ne menant nulle part, il fallait sortir au plus vite de l'arène. La queue entre les jambes ou les oreilles et la queue ? Pour éviter cet ambigu dilemme, un second et ultime coup de boutoir résonna brutalement sur le pitoyable caillou contenant le minuscule cerveau patraque et déraisonnable du malade. Après, on n'entendit pas hélas de tintement de cloches comme l'eut fiévreusement imaginé Ticolis, mais plutôt un couinement incessant de Klaxons... Le feu scintillait vertement depuis trop longtemps déjà, et devenait inévitablement rouge écrevisse comme la plupart des automobilistes qui, malheureux excédés, suivaient à contre-courant son corbillard sans queue ni tête. En leur exhibant uniquement son majeur et vacciné, il sut plus ou moins leur faire comprendre que le conducteur fautif était fourbu et qu'il ne faudrait pas trop lui faire remarquer ce soir-là. Il n'en revenait pas, malgré une demi-douzaine de petits noirs ingérés dans la journée, le cannibale s'était endormi, se lovant au volant en plus. Comble de tout, il se mettait à cauchemarder accidentellement sur les testicules ballonnées d'Albert Muda. Quelle déchéance, et dire qu'il n'était que dix-neuf heures...Des passants compatissants le contemplaient niaisement comme à l'accoutumée.

L'émotion de censure : Partie 5

lundi 28 décembre 2009, 08:57

_ D'habitude, cher inspecteur, ils tranchent dans le vif du sujet avec des lames sans dents, plus tranchantes, plus spectaculaires, plus incisives, plus décisives... J'ai même vu des gars qui n'étaient pas de taille nous la jouer à la coupe-coupe qui vous la coupe ou à la samouraï qui déraille, voire au cutter d'écolier abusif suivant les personnalités... Vous savez, c'est comme pour le reste, y'a les anxieux, les décontractés, les coincés, les démonstratifs, les maladroits, les impulsifs, les bricoleurs... Chacun essaie sans le savoir d'en finir à sa façon, aussi maladroitement qu'il a vécu... A ce propos, J'ai survolé un article de plage dans le "Nouveau Détective" ou justement un expert-comptable repenti...
Il ne fallait pas compter sur Ticolis pour s'enrichir d'une revue de presse pour le moins scabreuse, le temps pressait et l'oppressait.
_ Merci, j'ai compris. J'accepte sur le champs votre parrainage pour un abonnement à cette merde. Je vous ferais un chèque au bureau... Pour l'instant, on a d'autres chattes à fouetter, vous ne croyez pas ? lui asséna-t'il, ne semblant pas en état d'écouter quoique ce soit, surtout pas les divagations d'un de ses désordonnés subordonnés.

Pierre, finistérien de pure souche paraissait aussi efflanqué que Muda était replet. Rue de l'Alma, au commissariat central, dans les brimades du tigre, on n'hésitait pas à comparer injustement cette paire de fins limiers à Laurel et Hardy. Pourtant, c'étaient des détectives précieux, un peu trop loquaces mais efficaces. L'ensemble des autres flics  ne l'ignoraient point, sauf peut-être Ticolis, qui nouvellement débarqué dans le poulailler, ne voulait pas mettre ses œufs dans le même panier de crabes. De toute façon, il sauverait la planète pas nette tout seul, sans façons, à la Callahan ou la Marlow avec pour compagnon d'infortune son impressionnant calibre. Pour lui, cette affaire n'en était pas une, un suicide sanglant et avec glands, rien de plus, rien de moins... Pas la peine de mettre des glands puisqu'il y en avait déjà. Il se contenta de convenir ostensiblement, ce qui ne veut rien dire, et repartit vers les toilettes en remuant la tête de la gauche vers la droite, ce qui ne veut pas dire grand chose non plus... Ticolis semblait en proie à une de ses intenses et subites crises de torticolis, de celles qui vont font tourner la tête sans voir le cou venir.
_ Il nous prend vraiment pour des psychos ce connard ! Murmura militairement Kiroule à son collégial collègue dans une de ses insolites phases de lucidité.
_ Je sens que bientôt, je vais lui faire sa fête à ce trou du cul, acquiesça un Muda plus écarlate que jamais. Affamé comme toujours, on distinguait sans peine son ventre rond gargouiller à des milles à la ronde. Le culotté n'avait pas boulotté depuis une bonne demi-heure au moins et se croyait kidnappé par une fringante fringale. Sentant venir les meutes, l'émeute et l'inspecteur, l'aigri maigrichon, mit les bouchées doubles pour finalement achever son valeureux sandwich, puis tambourina sur l'épaule du rondouillard en lui susurrant dans la profondeur d'une portugaise ensablée :
_ T'as remarqué aussi la lucarne grande ouverte ? Bah, on en parlera à Little Big Man, tant pis pour l'autre enfoiré ! Il n'a qu'à faire son boulot correctement au lieu de se la jouer !                 
La chasse d'eau cingla une dernière fois, puis après le vomis et la merde, le triptyque de cinglés dégagea  de la cage à lapines, sous une pluie battante, puis gagnante.

Celui que désormais, la plupart des affectifs de l'effectif de l'hôtel de police intitulaient sobriquetement " trou du cul " sans le nommer, n'avait pu assister à l'ensevelissement, par pudeur ou par paresse. La date de péremption était maintenant largement dépassée pour avouer aux tracassés gallinacés la tenace amitié qui l'avait lié puis séparé de l'exclusive progéniture du défunt. De plus, grâce à la bienveillance de ses investigateurs favoris, le pauvre s'était fait singulièrement réprimander par le commissaire Abouard. Une sorte de père fouettard des VRP de l'ordre qui lui avait fait sauter sans pitié son amende honorable.
_ Huit mois à peine que vous êtes ici, et déjà vous vous illustrez par votre négligence et votre incompétence ! Vous avez intérêt à vous reprendre mon jeune ami… Sinon, croyez-moi, je ne me priverais pas de vous faire chier jusqu'à ce que vous craquiez… Pensez à tous ces péteux qui se sont déjà supprimés… lui avait asséné l'incoercible barbu, chef incontestable et incontesté de la tribu des képis qu'ont trop bu. Désormais funambule noctambule, il ne s'en balançait pas, se balançant plutôt les pieds en éventail sur une corde raide, souvent pendu au téléphone qu'il détestait pourtant. Le truc qu'il haïssait le plus après ses consœurs siamois et les blagues sur le Père Noël mais avant celles toutefois sur les rapports sexuels entre les Belges et leurs moules-frites. Son père Joël avait trépassé une nuit arrosée de Saint-Sylvestre, coincé dans la cheminée avec sa barbe contrefaçon et son travestissement sans façons. Sa conjointe surpassée venait alors paisiblement d'allumer un gigantesque feu de joie. On ne sut jamais, et mieux valut pas, si elle l'avait carbonisé express, exprès ou non... Toujours est-il que la morue mourût elle aussi quelques damnées années plus tard, souillée, torturée, décapitée, déchiquetée, écartelée puis finalement assassinée sans raffinement par un lugubre personnage pastichant l'illustrissime Karl Marx, mais grâce au ciel nettement moins dangereux que celui-ci. Son frérot aîné, l'ange Gabriel périt un peu plus tard dans un des attentats intégristes qui frappèrent sauvagement la capitale parisienne au milieu des années 80. Encore et toujours des barbus, manquait plus que le capitaine Haddock... Mille sabords. C'est d'ailleurs cette haine farouche des méchants poilus du dessous de menton qui l'avait exhorté à rejoindre les rangs de la peau lisse nationale. Comme si sa vie n'avait pas été émaillée de suffisamment d'âpreté jusqu'à lors...

L'émotion de censure : Partie 4

lundi 21 décembre 2009, 18:10

Les yeux de Gérard Menvussa s'étaient perdus de vue pour finalement disparaître et sombrer dans l'oubli. Toutefois des bribes de morceaux jaunâtres se balançaient encore à l'extrémité de nerfs optiques destressés. Les rapaces sans carapace semblaient les avoir assimiler dans la précipitation à de sots vermisseaux.
_ On se croirait presque dans les " Oiseaux " d'Alfred Hitchcock… Une de mes toiles favorites ! pensa tout haut l'enquêteur de première chiasse Albert Muda qui était loin d'être une étoile. Très comparable physiquement au célébrissime Sergent Garcia, " Gras-double " comme s'attachaient pieds et poings liés à l'appeler ses indulgents collègues, était l'une de ses grandes gueules philosophales qui font tout miroiter sans jamais rien réfléchir. L'obèse avait rarement sa langue dans sa poche mais souvent un doigt voire plusieurs dans le nez, ce qui l'amenait fréquemment à commettre de petites boulettes. Sa dernière en date, délicatement collée sur la tapisserie blafarde du meublé, il put enfin exhiber du doigt, non pas une personne, ce qui ne se fait pas, mais le soi-disant matériel utilisé par celui qui s'était désespéré de son espérance de vie.
_ Inspecteur, vous ne trouvez pas bizarre qu'il se soit charcuté avec un vulgaire Guy de Graine ?
Bizarre, vous avez dit bizarre ? Le niveau global d'élocution apparaissait insuffisant mais le ton mayonnaise avec lequel l'harenguet l'haranguait restait lui bien suffisant. Il aurait la moyenne forcément. Cyniques, si piques, ses  anfractuosités sanguines fixaient l'interloqué avec une certaine arrogance. " Gras double " le coléreux ne semblait toujours pas tolérer les juvéniles blanc becs fraîchement diplômés, chefs surfaits de surcroît. Pensez donc, on ne rabroue pas impunément le quadruple champion olympique des épreuves de beuverie inter-commissariats. Optimiste par conviction, policier par nécessité. La nécessité fait loi… Il avait tenté le concours d'inspecteur cinq fois consécutivement pour autant d'échecs. Rien n'y faisait malgré les concours de circonstances... qui parfois lui offraient les réponses avant même les questions.

Victor Ticolis, arrière petit-fils d'immigrés italiens protesta fébrilement, préoccupé, trop occupé à ramasser pudiquement ses gravois de gerbe pour remplir une conversation. L'identité du disparu ne lui était pas inconnue. Instinctivement, il ne voulut pas que cela se sache. Qui va à la chasse perd sa place !
_ Vulgaire un Guy Degrennes ? Dites, vous bouffez du caviar dans des saladiers en argent chez vous ?
Muda moins compliqué n'eut pas le temps de répliquer, son décrépis collègue et néanmoins ami d'enfance, pour ne pas dire de défonce se mit à postillonner quelque bidule plus ou moins cohérent. Même pour un illustre baroudeur du sandwich et de la peau de saucisson de la dimension de Pierre Kiroule, difficile de raconter des salades avec une cavité rassasiée d'insanités. Tels des boulets de canons descendant de Marignan et remontant au visage de l'inspecteur terrifié, d'humbles lambeaux de mixtion piémontaise s'écrasèrent frénétiquement sur sa plaisante veste en tweed. Lui qui voulait redorer le blason vestimentaire de la police, en était pour ses frais avec une laitue qui ne l'était plus depuis sa fugue de Rungis. Ce n'était décidément pas son jour, contrairement à ce qu'il avait pu découvrir en trempant son croissant devant l'horoscope du Havre Presse. Malgré la dantesque inappétence que lui inspirait l'embouchure baveuse et débordante de vitalité du breton Kiroule, il entreprit courageusement de déchiffrer son flot de paroles inaudibles. Le torchonné qui avait connu un panel représentatif d'auto-homicidés durant sa pratique sans relâche de roussin  de la criminelle lui signifiait que c'était bien exceptionnel qu'un chançard mette fin à ses jours avec un ustensile apaisant d'ordinaire les faims de tous les jours.

L'émotion de censure : Partie 3

lundi 14 décembre 2009, 13:57

Le dernier lundi du mois précédent, un bienveillant voisin, plus curieux que tourmenté par le silence pesant et l'odeur désagréable provenant d'un appartement tangent, avait cru malin d'alerter la police. Bien lui en pris, pourtant puisque Jésus Mèvalpa,  travailleur portugais honnête, put enfin contempler son nom imprononçable imprimé en toutes lettres majuscules dans le minuscule journal du coin. Lamentable feuille de choux dont cet analphabète, ravi de son éphémère mais réelle popularité se procura sobrement une vingtaine d'exemplaires pour la modique somme de vint-sept euros. Célébrité contestée de son quartier, il dépassait désormais le stade sans tribunes du pâté de maisons, faisant enfin l'unanimité auprès des ménagères de plus de cinquante ans. Quel parcours extraordinaire pour cet immigré contre son gré, Président Directeur Général depuis dix-huit ans seulement d'une moto-crotte à la Ville du Havre. Outre la maigre allusion à ce héro des temps modernes, les plus brillants et gominés journalistes sautèrent sur l'occasion, faute de mieux ou de secrétaires excitantes pour intenter un énième procès contre la bien vaillante police nationale. Si ses dignes représentants avaient pris plus au sérieux les appels téléphoniques des employeurs patentés ou de l'ancienne femme du suicidé, pas tentée non plus, les photographies les plus audacieuses de son corps indisposé ne circuleraient pas à présent sur Proxénet, l'un des serveurs les plus visités d'Internet. Enfin, bref, les autres événements du moment n'étant guère porteurs de sensationnel, il fallait bien remplir le torchon local. On ne mélange pas les torchons propres avec les serviettes sales… c'est mauvais pour l'image des marques.

Lorsque l'inquiétant inspecteur Ticolis découvrit l'état décomposé de feu Gégé, il se décomposa idem ipso facto, vomissant aussi soudainement que lamentablement sur ses élégants mocassins tout neufs. Des brodequins matinalement encaustiqués dont la choucroute ingurgitée goulûment la veille n'avait strictement rien à cirer. Ceci, malgré les regards réprobateurs des deux anges gardiens de la paix qui l'accompagnaient sans lui foutre la paix hélas. Depuis le cimetière des éléphants, ce duo d'antipathiques s'était banalement aguerri aux rencontres du troisième type avec des êtres malades, livides dont les veines s'effilochaient aussi sensuellement que les hauts et les bas de celles qui grimpent trop longtemps l'escalier pour fatalement être grimpées à leur tour. Dans leur complexe industrialo-portuaire moins complexe qu'il n'en paraissait, l'étau se resserrait, les taux de suicides et d'alcoolémie comptaient maintenant triple au Scrabble par rapport à la médiocrité nationale, le cours du chômeur au long cours aussi. Loin du lit vide, la substance humaine devenait laborieusement blanc crémeuse, méthode champenoise, presque translucide, le contraste produit avec la noirceur de la ketchup coagulée était saisis sang. Un honorable apprenti Picasso aurait eu là certainement matière à réaliser une œuvre de grande amplitude, inestimable et mésestimée. Nu comme un ver, et dieu sait s'il y en avait, le cadavre s'allongeait de long en large sur son fidèle canapé en cuir basané. Debout, ce n'eut peut-être plus été une charogne... Le fleuron mobilier d'un minuscule appartement trois pièces avec vue sur merde, fleurait bon les crottes de pigeons et le reste de l'appoint, soit pas grand-chose n'y changeait rien. Un authentique champs de mines antipersonnels pour le transport en commun des mortels. Mine de rien, les volatiles gris urbains s'étaient introduits illégitimement par la lucarne de la cuisinette, qui étrangement gardait la bouche ouverte à toutes les suggestions. Outre leurs merdeuses défécations, ces chétifs rats volants qu'apprécient tant les mère-grands s'étaient permis de laisser d'autres infinitésimales traces de leur passage pas si sage...

L'émotion de censure : Partie 2

lundi 7 décembre 2009, 20:03

Le criminel, un sanguinaire potentat des boites de conserve en denrées méprisables se prénommait Jean Tertonperre de part l'état si vil. C'était un sire qui comptait hélas plus d'une corde à son arc, et pas seulement celles de ses sacs poubelles. Par la force des choses, il demeurait à jamais le régisseur du théâtre des trépassés, appellation d'origine incontrôlée qu'il défendait corps et âme. Pour peu que la sienne n'ait pas été rendue… De microscopiques yeux acrimonieux marquaient son visage ridé, usagé, décomposé mais qui savait encore si bien déconsidérer les autres par des regards cauteleux accompagnés harmonieusement  de gestes dédaigneux. Devenu, à la grâce de son ancienneté, le leader incontesté du columbarium, l'ombre à la faux semblait aussi libre que l'air délétère… Et le vent soufflait parfois dans le mauvais sens. Ainsi, depuis quelques années déjà, la tumeur des cerveaux lents attestait que l'infâme souhaitait ardemment aménager un mausolée d'airain, un coquet capharnaüm afin d'y subsister en toute sérénité. Stèle est prise qui croyait prendre, et la société bien pensante, fut-elle borgne, ne voyait pas d'un bon œil cette soudaine hérésie grabatairienne. Tant pis, il s'en foutait, tôt ou tard, il se lancerai tel un pavé dans la mare dans les douze travaux d'Hercule… C'est pour bientôt, se répétaient sempiternellement les compères commères des bourgs limitrophes. Selon le fils bouché du boucher qui l'avait murmuré à la sœur utérine du facteur, l'homme ne s'autorisait encore qu'à bâfrer, besogner et roupiller là-bas, ce qui n'était déjà pas si mal pour un stakhanoviste du conditionnement sous vide. L'ermite mité ne rentrait donc plus qu'occasionnellement chez lui, dans une insignifiante baraque en boqueteau près de la nationale 15. Il faut dire que sa dulcinée pas née d'hier résidait là bas aussi, mais à six pieds sous glèbe. Encore en parfait état de fonctionnement toutefois, car son veuf pas tout neuf l'entretenait assidûment de son lubrifiant naturel. Chassez le naturel, il revient au salaud. Habitude pas si mauvaise qui lui permettait, bon pied, bon œil, de s'entretenir en autre, entre jambes de bonne compagnie.

Après ses pauses et les poses imposées de la décomposée, il s'en retournait la fleur au fusil, la prose à l'esprit, s'occuper de ses débonnaires pensionnaires. S'inspirant des rigueurs commerciales en vigueur, les inanimés devaient être satisfaits ou remboursés en vers et contre tous. Pour preuve, certainement maniaque, forcément insomniaque, l'ammoniaque emplumé fut même désagréablement surpris lors d'un ridicule crépuscule par quelques gamins dépravés à passer un plumeau déplumé sur ses plus espiègles sépultures. Si le vieux con avait pu condamner son paradis terrestre à tous ces damnés cons, il l'aurait fait sans tâtonnements, sûrement plus pour préserver sa tranquillité que celle de ses hôtes de marque. Le bougre n'aimait les gens que morts qui le lui rendaient bien. Pourtant, ce deuxième jeudi d'octobre, l'incorrect anachorète parut plus souriant que d'ordinaire lorsqu'on lui tendit brièvement un bout de papier accompagné d'un dodu chiffre et d'une insignifiante signature. Le lendemain, pour deux briques, excessivement de ciment et un peu de marbre, Monsieur Menvussa, de son prénom Gérard, pouvait enfin élire domicile dans un caveau pas cadeau. Ce n'était en faite qu'un munificent cercueil de contre-plaqué sous une épaisse dalle de béton, armée de mauvaises intentions. Le locataire sans bail, quant à lui, semblait s'être endormi sur ses lauriers, acharné décharné, la cinquantaine andropausée du préposé, les paupières plus lourdes qu'un pèlerinage, il souriait bêtement, béatement pour rester rigoureux, je ne m'en souviens plus trop à vrai dire... il faut croire que les mecs de la morgue avaient tout mis en œuvre pour que l'individu présenté devienne presque présentable. Bienvenue donc au musée de cires ! Tristes sires. Pas beau, palot, papa ne pipait mots, fortement intimidé sans doute à l'idée de vivre sa nouvelle vie de mort entre les résidences respectives de Madame Sarah Corni et Monsieur Gaston Pouirk, des voisins trop blêmes mais sans problèmes, paraît-il.

Parmi ceux qui s'étaient sentis bêtement obligés d'éponger leurs larmes et de se rincer l'œil à la crémaillère de Gégé, on pouvait remarquer un visage marqué, celui de son ancienne femme, et autre, beaucoup plus démarqué, celui de son fils unique. La veuve et l'Orphelin comme par hasard. Par manque d'originalité sans doute mais surtout par respect pour la mort, la dame larmoyait alors que son faux-jeton de rejeton semblait quant à lui rejeter cette idée pas piquée des vers. Masquait-il si bien ses sentiments ou n'en avait-il pas de particulièrement douloureux ? Certains incertains devaient se poser cette stupide question, moi aussi d'ailleurs... Toujours est-il que lorsque la trop paternelle dynastie du défunt voulut leur faire part de ses concupiscentes condoléances, l'hautain imbécile haussa son menton rasé de près et fixa une colonie de cumulus s'accumulant dans la troposphère. Rien à faire, l'effronté refusa l'affrontement et ne daigna même pas serrer les courtaudes paluches rebutantes qui s'offraient à lui en toute décontraction. Plus d'une décennie que je n'avais croisé le regard insipide et mollasson de ces souffreteux, je pourrai toujours dire que je ne les avais pas reconnus, sûrement parce qu'ils avaient si mal  vieilli et si bien pourri ! Trop bonne, trop conne, comme dit le vieil adage, celle qui me donna le sein un jour d'égarement fit cet effort surhumain, d'autant plus que c'est une bouche asséchée par les larmes qu'elle dut diffamer. Ma mère embrassa donc machinalement, avec ce formidable dédain que ces crétins chrétiens pourraient naturellement confondre avec de la fierté. Sans émoi... Et moi, et moi, et moi, j'y pense et puis j'oublie, c'est la vie, c'est la vie... C'étaient toutes des vies sans vices de forme, moyennes, trop moyennes voire médiocres, qui n'avaient eu aucun mal à se rendre plus platoniques qu'elles ne l'étaient d'ordinaire, parentes mais néanmoins transparentes... Nous les quittions donc, ma mère et moi, sans grands regrets, je respecterais ses larmes et elle ne s'offusquerait pas non plus de ma froideur, nous en étions convenus depuis l'annonce officielle du décès.  Si elle n'avait pas largué les amarres de cette épave ambulante, trois ans auparavant, Catherine serait devenue une ravissante veuve. Ce n'était plus qu'une femme en noir, mais encore suffisamment belle pour souffrir, elle s'était volontairement isolée dans une quarantaine peu épanouie. Institutrice dans une ZEP ; Zone d'Emmerdements Permanents, elle avait été mariée plus d'une vingtaine d'années avec un représentant en faits divers, pour le malheur et pour le pire. Ils s'étaient aimés, enlacés, habitués, puis, lassés de s'enlacer, il l'avait déçu, elle et les siens, et avait recommencé, encore et encore... suivant une courbe constante de dégradation comme disent les économistes depuis quelques années. Malgré cela, la maîtresse des colles, racée mais souvent harassée n'avait jamais su assez comment s'en débarrasser. De disparaître, il s'en était chargé lui-même, pour une fois qu'il assumait enfin ses irresponsabilités. Ce fut la première de son vivant, la dernière vraisemblablement, à moins que... Y a t-il une vie après la mort ? Un dessert après le trépas. J'espère bien que non, cette longue tartine de merde me paraissait déjà assez difficile à avaler comme cela...

L'émotion de censure : Partie 1

samedi 28 novembre 2009, 20:16

Je me souviendrais toujours de ce putain de dimanche. Là bas, au bout de la rue de Paris, je cherchais sans attendre un ferry en partance. J'imaginais l'Irlande si verte d'espérance et sa guerre pas catholique, chouannerie fratricide pour fanatiques religieux cherche trèfle à quatre feuilles… C'est tout voire presque tout ce qu'on m'avait vanté de cette Eire pas toujours mélodieuse où il pleuvotait, paraît-il, plus de trois cents jours par an. Ah, j'oubliais... leur fameux whiskey et ces bières brunes plus gaillardes parfois que le Bordeaux de chez nous ! Je cuvais, titubais, chancelais, vacillais, le bas du pantalon et les chaussures bousillées, souillées d'une gerbe infecte... La mienne forcément. Les opulentes narines du " Saint Patrick " laissaient quant à elles échapper un épais fumet grisard, vite dissipé par l'orage qui depuis quelques minutes pissait allègrement sur Le Havre. Orage, Oh désespoir ! Ce complexe industriel complexé dont j'avais du supporter fatalement l'haleine méphitique et la mauvaise humeur plus d'un quart de siècle durant, restait fidèle à lui-même, pleurant inlassablement sur son port. Bizarrement, j'allais l'abandonner moi aussi en sanglotant comme une vieille dame abandonnée, comme si de rien n'était. Et rien n'allait, puisque mon ventre suintant ne ressemblait plus qu'à un vieux pneu crevé et j'allais en crever tôt ou tard, j'en étais persuadé. J'essayais malgré tout de passer les derniers instants de ma vie aussi discrètement que les premiers, sans briller, sans brailler non plus... Le sang coulait encore dans mes veines, mais aussi le long de mes cuisses, pourtant, personne parmi les rarissimes quidams osant encore s'aventurer sur l'asphalte en ces heures indignes ne devait suspecter une quelconque hémorragie. Je ne restais qu'une raclure de plus, un fêlé éméché, un singe en hiver mais pas plus malin que les autres... Mes habits avaient la douleur de mes yeux, aussi obscures que leurs funestes pensées, heureusement, la lune se faisait pudique ce soir là.  Et, dans l'ombre de son regard, je m'efforçais humblement de me rappeler au bon souvenir de tous ces malentendus qui s'étaient si bien entendus pour gâcher une existence des plus paisibles jusqu'à lors.

L'automne 1999 n'avaient rien à eu envier à ses successeurs… de grossiers nuages boursouflés se soulageaient indécemment et continuellement sur la Haute mais fière Normandie. Pourtant, ce triste jour-là, l'atmosphère avait une belle gueule d'atmosphère, une gueule d'amour, l'horizon restait magnifiquement et désespérément bleu, dégagé de tout souci... Au zénith, le roi soleil n'en faisait qu'à sa tête, radieux irradiant, décidant enfin d'honorer de sa présence fortuite une formalité qui pourtant n'en avait guère besoin. Parmi le ridicule groupuscule d'individus venu participer à ce que certains pourraient appeler ironiquement un enterrement de vie de garçon, une moite moitié de l'assistance ne devait guère regretter ce disgracieux déplacement. Pour ces épargnants peu épargnés par la connerie humaine, une matinée ensoleillée, ensommeillée à la cambrousse devait forcément s'avérer plus enthousiasmante qu'un quotidien par trop quotidien... Le magnifique cimetière municipal de Montivilliers avait cette si belle réputation d'être charmant, très accessible, trop peut-être... Perché fièrement sur les hauteurs d'une butte assassinée par les pelleteuses affamées d'un futur supermarché, le royaume des morts ressemblait sobrement à un square anglais. Trop vrai pour une fosse commune, trop poli pour l'hêtre honnête, l'ossuaire semblait manifestement entretenu en grandes pompes et des plus funèbres… Des mains tremblotantes mais chevronnées qui n'étaient pas les miennes s'activaient sans relâche pour ne pas mourir de plaisir. Ainsi, les haies disciplinées qui bordaient ce paradis pour post-mortels, soigneusement coupées, élaguées, coiffées enveloppaient un territoire conquis ou même les feuilles mortes des sanglots longs des violons de l'automne ne voulaient plus musarder. Le jardinier, probablement un sévère sicaire, étouffait quotidiennement et en toute impunité, des millions de ces mouchoirs de chlorophylle dans d'omniscientes musettes de plastique basané. Ce ballet de coups de balais ressemblait étrangement à un incontestable génocide par capote interposée que n'aurait pas renié un écologiste en mal de cause.


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