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La carte de fidélité… - 06/11/2013 - (nouvelle sur le thème de la fidélité)

la carte de fidélité

- Vous avez une carte de fidélité ?
- Euh, oui… Attendez.
Mal à l’aise, hésitant, je mis un certain temps à farfouiller dans mon portefeuille, puis lui tendit le fameux sésame.
- Non, désolée, ce n’est pas la bonne, fit-elle avec une moue dubitative.
Trop de cartes tuent la carte. Je devais en avoir une dizaine et chacune me donnait droit à des avantages exceptionnels si tant est que je veuille bien soulager régulièrement mon compte bancaire.
- Ah effectivement, constatais-je un peu gêné de mon étourderie.
- Vous n’êtes pas si fidèle en fin de compte, conclut-elle d’un sourire complice avec la cliente suivante, une sémillante sexagénaire dont le caddie plein à ras bord était proche de l’explosion.
Moi aussi d’ailleurs… Rouge pivoine, j’enfournais mes achats dans les cabas aussi vite que je pouvais et râlais intérieurement après ma femme qui m’avait imposé cette séance de torture.
- Au revoir, dis-je poliment en baissant la tête.
- A bientôt, j’espère.
Sauf erreur de ma part, ou bien elle s’était foutue ouvertement de ma gueule ou bien elle m’avait dragué, agréable sensation qui pourtant ne m’était plus arrivée depuis le siècle dernier. Par habitude et par un sens trop aiguisé de la réalité de la vie, je penchais logiquement pour la première hypothèse, la plus désagréable… Mais l’espoir fait vivre et même infime, il avait ravivé la flamme d’une vie par trop blafarde.  La chaire est faible, l’homme d’autant plus…

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sentiments exacerbés… - 06/08/2013 - (nouvelle sur le thème de la jalousie)

jalousie

En haut de la plus haute et de la plus sombre des tours, deux hommes dans des costumes anthracite se toisent méchamment. Dans leur immense bureau au mobilier gris, aux murs gris, au plafond gris, ces types tirés à quatre épingles, brassent des milliards d’euros et conditionnent l’avenir de dizaines de milliers de personnes. Les directeurs de la MALO-Q  sont encore jeunes mais déjà tellement puissants. Pourtant, ils ne sont pas encore au sommet, pas totalement. Il y a un dernier étage avant de toucher le Graal, d’atteindre le paradis… Ou l’enfer ? Au dessus, vit un prédateur autrement plus redoutable. Monsieur Samer, de son prénom Pierre Yves André demeure le général en chef pour quelques mois encore de cet immense vaisseau qu’est la multinationale MALO-Q, un consortium financier qui rapporte presque 11 pourcents par an à ses bienheureux actionnaires, des fonds d’investissements américains pour l’essentiel. Mais, toutes les bonnes choses ont une fin hélas et le sémillant dirigeant approche fatidiquement de la date de péremption… A 60 ans passés, les statuts de la holding l’obligent à partir les poches pleines, mais lui donnent aussi le droit de choisir qui sera son successeur parmi la paire de « spécaluteurs » précoces qui lui font office de sous-directeurs surpayés et de lèche-culs invétérés.
 
Ce matin-là, comme tous les jours, les candidats au titre de golden boy de l’année rivalisent d’imagination pour plaire à leur seul et unique électeur. Dehors, il pleut, mais ils s’en foutent comme de leur premier million. Derrière leurs multiples écrans aussi plats que leurs encéphalogrammes, ils n’ont même pas remarqué l’absence de Madame Michu, la secrétaire de direction, pourtant fidèle au poste depuis plus de 30 ans. Paul Amploi et Gérard Menvussa se détestent cordialement, mais une seule et même passion les unis ; les nombres et surtout les courbes de rendement qui les accompagnent. Celles de la nouvelle venue va emporter leur adhésion et tout sur son passage.

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Il était un foie… - 01/07/2013 - (Histoire commençant par "Au Chien jaune ce soir-là")

Le chien jaune

Au Chien jaune, ce soir-là il y avait Black Mamba, la voix de la soul et des opprimés. Plus que jamais fidèle à son nom de scène, son corps ophidien ondulait au milieu de musiciens transis d’amour et de « free base », une drogue en vogue à Chicago… Mais on était un océan plus loin, dans un autre monde... en Bretagne, à Concarneau plus précisément. Le chouchen et autres boissons magiques coulaient à flot et les habitués, pour la plupart des marins, semblaient tous hypnotisés par ce petit bout de femme se trémoussant avec une énergie incroyable dans sa robe psychédélique.
 
Parmi les spectateurs, Because le barman, qui était le frère de Black Mamba et accessoirement le propriétaire du bar, souriait de toutes ses dents nacrées. C’est lui qui l’avait sortie d’Englewood trois jours plus tôt pour qu’elle échappe aux griffes acérées de  Jo Loco, l’un des caïds les plus craints de ce quartier miteux. Le gangster était désespérément fou de la jolie chanteuse et, lorsqu’il ne la frappait pas ou n’abusait pas de son corps d’ébène, il l’obligeait insidieusement à chanter du Rap, ce qu’elle détestait par-dessus tout. Pour assurer la sécurité de sa cadette mais surtout pour la rassurer, Because avait dû engager des comparses, une paire de clients parmi les plus assidus, des piliers de bars indéboulonnables qu’il faisait plus ou moins passer pour des gardes du corps. Monsieur Bloche, de son prénom Jérôme, passionné de polars et sans emploi dans la vraie vie, avait pris son rôle très au sérieux. Trop peut-être…

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Vice et vertu, vice et versa - 14/11/2011- (Thême des 7 péchés capitaux)

Les sept péchés capitaux

1436 dans le nord-est de l’Italie. Bartholomé Casivelurius était un jeune vénitien, fils unique de riches négociants, bien dans sa peau, trop peut-être. Tel un glouton insatiable, il passait l’essentiel de ses journées vautré dans le luxe, à manger, ingérer inlassablement tout ce qui lui tombait sous la main. Pour ne rien arranger, hormis écouter d’une oreille distraite les monologues lénifiants de son précepteur, il ne faisait rien, strictement rien, absolument rien. Si bien qu’à quatorze ans, le Bibendum dépassait allègrement le quintal. Sa mère Luisa le couvait, mais pas Bénédict son père, trop souvent absent hélas, qui n’appréciait pas le comportement oisif de son futur et unique héritier, mais alors pas du tout... De retour d’un lointain voyage, il lui fit comprendre d’une façon assez particulière en lui offrant un porc et une couleuvre choisis évidemment pour leurs caractéristiques bien marquées : Le cochon prénommé Gula (gourmandise) était presque aussi gros qu’un hippopotame, si ce n’est plus... Quant à Acedia (paresse) la couleuvre, elle bougeait si peu que parfois on la croyait morte.
 
Au bout de deux années de captivité seulement, ses singuliers animaux de compagnie mourront dans d’atroces circonstances. Avaler des couleuvres peut parfois s’avérer mortel pour un porcidé obèse…

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Les naufragés de l’invincible IV - 26/09/2011 - (Thême de la tempête)

Les naufragés de l'invincible

Pas un souffle de vent, une brume épaisse et une chaleur suffocante. La caravelle « L’invincible IV » n’avançait pas d’un pouce. L’équipage, non plus… Les sept pirates qui n’étaient pas des nains malgré leur petite taille restaient désespérément immobiles, attendant sans doute un signe du destin ou d’Éole tout au moins. En haut, le guetteur, un Ivoirien nommé Sorane ne voyait toujours rien venir et pour cause, avec cet épais brouillard on ne pouvait guère voir plus loin que le bout de son nez. La mer était d’huile, mais point de sardines à l’horizon, seulement un grand requin blanc presque aussi gros qu’une baleine qui tournait inlassablement autour du navire. De mémoire du Capitaine Cruchet, on n’avait jamais vu ça… Au fond de lui-même, le vieux boucanier savait pertinemment que cela ne présageait rien de bon… Sa jambe de bois le démangeait furieusement comme si mille moustiques l’avaient piquée.
 
Et il avait raison le bougre… Soudain, un bruit sourd et inattendu déchira l’atmosphère et sortit brutalement les marins de leur torpeur. Des vagues bien plus hautes que le mat se mirent à déferler constamment sur le pauvre navire. Les voiles furent aussitôt déchirées, déchiquetées en misérables lambeaux et Sorane, sans le vouloir, fit un plongeon digne des Jeux olympiques. Mais, ce n’était pas le plus grave, d’hallucinantes déferlantes se fracassèrent contre la coque et voulurent la projeter vers des falaises qu’on devinait, mais qu’on ne voyait pas. Par chance, le ressac empêcha la catastrophe ou tout du moins retarda l’échéance. Les marins découvrirent subitement qu’ils étaient très proches de la côte, mais tout ce qu’ils voulaient maintenant, c’était sauver leurs misérables peaux de mécréants. 

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