La boîte qui faisait un carton

La boite qui faisait un arton

Un jour à la cafétéria d'Arvalog ; une banale société informatique des Côtes d'Armor, on découvre une boîte en carton en forme de cercueil… Personne n'y prête vraiment attention, une blague idiote sans aucun doute. Et pourtant, en l'espace de quelques mois, trois salariés décéderont dans des circonstances aussi étranges que suspectes. Erwan Méhat, un paisible employé de cette entreprise dinannaise se verra alors entraîné malgré lui dans une histoire tragique et rocambolesque à la fois… car il y aura bien d'autres victimes hélas…

Type : Polar
Auteur : Cédric Lesueur
Editeur : Deslivresetnous.com
Numéro ISBN : 9782953131024
Nombre de pages : 266
Format : 11 X 18




Début de l'histoire

Arvalog, siège social à Dinan… 26 mars 2007. Chaque année, le même rituel, toujours aussi désespérant et cruel. Aussi féroce pour les filles à marier ou les célibataires avariés que pour les couples aux ébats stériles. À chaque printemps, commençaient à fleurir les jolies petites boîtes en carton annonciatrices d'heureux événements. Erwan Méhat, l'un des employés de cette société, arrivait à se demander parfois si les informaticiens ne se reproduisaient qu'en été… Consciemment ou pas, ils ne semblaient programmer leurs accouplements qu'aux heures les plus chaudes de l'année. Lui-même, qui n'en était pas vraiment un, mais plutôt une branche rapportée, n'avait pas échappé à cette règle pour la naissance de son fils, trois ans auparavant. Depuis la fin mars, il ne se passait donc pas une semaine sans qu'une boîte cartonnée, avec le nom de l'heureux élu ou de l'heureuse élue, soit bien mise en évidence sur l'une des trois tables rondes de la cafétéria. Certains cartons étaient énormes, parfois même de la taille d'une boîte à chaussures pointure 50, décorés avec des photographies, dessins et autres formules maladroites du bonheur. D'autres restaient plus sobres, sans artifices, mais toutes, sans exception, étaient munies d'une fente largement supérieure à celle rencontrée sur les tirelires ordinaires, pour que l'on puisse sans doute et sans aucune difficulté y laisser quelques billets. Ainsi, suivant la popularité du géniteur ou de la génitrice, les signatures des généreux donateurs proliféraient sur la partie supérieure de la boîte. Et comme dans cette société de taille moyenne les salariés frôlaient la centaine de personnes au bas mot, cela pouvait parfois représenter un bon paquet de noms et prénoms ou autres sobriquets. Chacun essayant généralement de se distinguer par un jeu de mots ou une blague suffisamment originale, Erwan ne manquait pas l'occasion d'exprimer ses talents, pourtant contestables, dans le domaine controversé du calembour et des jeux de mots alambiqués.

Ce matin-là, à l'heure habituelle de la pause syndicale, Erwan se dirigea tranquillement vers la cafétéria du bâtiment. D'ordinaire, la pause-café était saccadée, elle se faisait plutôt par groupes, par services ou par affinités, qui se succédaient à des horaires fluctuants, allant du " presque dix heures " au " passé onze heures ", si bien qu'ils n'étaient jamais plus d'une dizaine à siroter un café et à bavarder bruyamment, au même moment. Cette fois-ci, pourtant, ce fut la cohue, un attroupement inattendu, une marée humaine. L'espace d'un instant, en essayant péniblement d'entrer, il s'imagina qu'ils avaient rebaptisé l'endroit la " K fête ", discothèque branchée et bondée de jour comme de nuit. Sous ses yeux ébahis, il y avait presque quatre douzaines de personnes qui, à la pause, ne pensaient plus qu'à une chose : la dernière boîte en date, celle qui avait été discrètement déposée le matin même à l'insu de tous. Intrigué, écoutant distraitement les sarcasmes et autres réflexions en tout genre de ses différents collègues, il se fraya difficilement un chemin à travers la foule pour admirer la dernière œuvre en date. Lorsqu'il put enfin contempler l'objet de tous ces commentaires, Erwan resta bouche bée.
_ …
Devant son silence interloqué, Ludovic, un développeur roux et frisé dont le sens de l'humour se voulait assez développé mais ne l'était pas toujours, annonça la couleur :
_ Bel ouvrage, n'est-ce pas ?
_ Effectivement… approuva-t-il.
_ La finition est impeccable ! ajouta le programmeur sans qu'Erwan ne lui demande rien.
_ Mais le goût douteux… Quelqu'un est mort ? de-manda-t-il en essayant de comprendre ce qui dépassait l'entendement. Il travaillait dans cette société depuis un certain nombre d'années et jamais personne ne s'était permis la moindre plaisanterie de ce genre.
_ Non, pas que je sache…
Puis, à la manière d'un basketteur débutant, Ludo jeta maladroitement son gobelet dans la bouche ou-verte de la poubelle et partit sans un mot de plus, laissant Erwan seul avec ses interrogations et celles des autres dans un brouhaha indescriptible. Les supputations et autres élucubrations allaient bon train, mais il préféra examiner lui-même l'objet du délire. Les événements insolites, inattendus ou bizarres l'avaient toujours attiré. Le pire, c'est qu'il n'avait jamais vrai-ment su pourquoi. Peut-être une façon inconsciente et inutile d'essayer d'échapper à la réalité trop prévisible de son quotidien. La boîte passa de main en main, jusqu'aux siennes… " Merde ! Et les empreintes alors ? " râla-t-il intérieurement l'espace d'un instant. Avec leurs mains pleines de gros doigts, ils avaient sans nul doute effacé toute trace éventuelle sur l'objet du crime. C'était un coffret en carton de forme hexa-gonale, long d'une quarantaine de centimètres, sur lequel une croix chrétienne était collée délicatement. Dans un souci évident du détail, l'artiste - ou celui qui se déclarait comme tel - avait pris soin d'ajouter délicatement un capiton en coton blanc à l'intérieur de l'ouvrage. Erwan était venu prendre un café court et sans sucre, on lui proposait une mise en bière quelque peu faisandée… Au bout du compte, il la refusa et la reposa poliment après une brève mais non moins sérieuse inspection, puis il quitta l'assemblée avec sa tasse tout aussi fumeuse que les idées qui lui passaient par la tête.

Critiques de la presse et avis des internautes :

Extrait :

C'était juste après la fête de tous les saints, la Toussaint, le premier novembre qui enchaîne avec la Fête des Morts le jour suivant… Erwan Méhat ne savait pas s'il y avait un rapport mais tout ce qu'il savait, c'est que tous les saints étaient morts depuis bien longtemps et que les morts n'étaient pas tous des saints… Toujours est-il qu'il n'était guère étonnant, dans ce contexte assez particulier, que les gens aient cette fâcheuse tendance à déprimer puis à se suicider, pour les cas les plus désespérés, le onzième mois de l'année. Mathias n'échappa pas à cette règle : ce chef de projet depuis quelques années à Arvalog, qui avait le projet d'être chef depuis autant de temps, si ce n'est plus, avait mis fin à ses jours dans sa quarante-troisième année. L'ambitieux, l'ambivalent, l'ambigu aussi pour certains, s'était tranché les poignets comme on tranche ses liens un soir de pluie et de brouillard, alors que les derniers courageux avaient quitté la boîte bien avant 19 h. Le lendemain matin, la femme de ménage, celle qui se levait quand les derniers noctam-bules se couchaient, avait découvert le cutter taché de sang sur la moquette écarlate, puis son corps inanimé étendu sur le bureau. La tête reposait - pour l'éternité - sur le clavier et les deux bras s'étalaient, ballants, de part et d'autre, baignant dans leur sang. Sur l'écran, un message bref mais radical expliquait chichement ce qui, de prime abord, paraissait être un suicide : " Vie de merde, adieu ! ".
_ Et de trois ! fit Erwan, dépité, l'après-midi du mardi 6 novembre, en débarquant au bureau avec le décalage horaire d'une bonne huitaine d'heures inhé-rent à cette nouvelle gravissime et aux complications qu'elle avait engendrées. Pour la bonne cause, ou à cause d'elle, les policiers leur avaient interdit l'accès du bâtiment jusque tard dans l'après-midi.
_ En sept mois !
Nicolas, qui revendiquait cette précision diaboli-que, prit sa calculatrice : une Casio College fx-80 Scientific Calculator, celle qui n'avait jamais donné signe de fatigue depuis la Sixième, période à laquelle il commença à exercer ses talents de magicien en l'inondant de formules - pas toujours magiques - à la moindre occasion… Consommation d'essence de sa voiture au décilitre près sur son trajet quotidien, calcul au centime de la différence entre un panier de courses identique acheté dans trois grandes surfaces différen-tes, nombre de centimètres que prenaient ses filles par mois et tout un tas d'autres statistiques parfaitement inutiles.
_ À ce rythme-là, si on arrondit à un décès par tri-mestre, soit quatre par an, sachant aussi que nous sommes une centaine, quatre-vingt-dix-huit exacte-ment, il n'existera plus d'employés d'ici vingt-quatre ans et demi à Arvalog, c'est-à-dire en 2032… On peut donc logiquement considérer que nous sommes une espèce en voie d'extinction.