Vous connaissez la nouvelle ?

Vous connaissez la nouvelle ?

Pendant un an ou presque, Cédric Lesueur a écumé les concours de nouvelles, se frottant à un exercice qu'il ne connaissait pas. Écrire une histoire à partir d'un mot ou sur un thème particulier, en commencer une autre avec une phrase qui peut vous mener nulle part et partout à la fois… S'affranchir des limites de l'imagination dans un temps imparti et surtout ne jamais dépasser le nombre de caractères défini, sous peine d'être finalement éliminé comme un vulgaire tricheur.

Pour le coureur de fond qu'il est, la nouvelle est au roman, ce que le sprint est au marathon… Il faut tout donner sur un instant très court et la jouissance à laquelle se mêle parfois la souffrance n'en est que plus intense. L'image est audacieuse, mais elle résume parfaitement ce qu'il a pu ressentir à travers cette merveilleuse et exaltante expérience. Il vous invite donc à découvrir une vingtaine de ses textes sur des sujets assez variés. En haut à droite, au début de chaque nouvelle, vous trouverez le thème sur lequel il devait improviser ou la phrase avec laquelle il devait débuter. Attention toutefois, les trois dernières nouvelles sont un peu coquines, voire érotiques donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Même si les mains ont toutes un majeur, celui ou celle à qui elles appartiennent, ne l'est pas toujours…

Auteur : Cédric Lesueur
Type : recueil de nouvelles
Editeur : Deslivresetnous.com
Nombre de pages : 196
Numéro ISBN : 9791090041011
Format :14,9 X 21,1

Extrait :

1436 dans le nord-est de l'Italie. Bartholomé Casive-lurius était un jeune vénitien, fils unique de riches négo-ciants, bien dans sa peau, trop peut-être. Tel un glouton insatiable, il passait l'essentiel de ses journées vautré dans le luxe, à manger, ingérer inlassablement tout ce qui lui tombait sous la main. Pour ne rien arranger, hormis écouter d'une oreille distraite les monologues lénifiants de son précepteur, il ne faisait rien, strictement rien, absolument rien. Si bien qu'à quatorze ans, le Bibendum dépassait allègrement le quintal. Sa mère Luisa le couvait, mais pas Bénédict son père, trop souvent absent hélas, qui n'appréciait pas le comportement oisif de son futur et unique héritier, mais alors pas du tout... De retour d'un lointain voyage, il lui fit comprendre d'une façon assez particulière en lui offrant un porc et une couleuvre choisis évidemment pour leurs caractéristiques bien marquées : Le cochon prénommé Gula (gourmandise) était presque aussi gros qu'un hippopotame, si ce n'est plus... Quant à Acedia (paresse) la couleuvre, elle bougeait si peu que parfois on la croyait morte.

Au bout de deux années de captivité seulement, ses singuliers animaux de compagnie mourront dans d'atroces circonstances. Avaler des couleuvres peut par-fois s'avérer mortel pour un porcidé obèse… Et récipro-quement. Après la perte de ses compagnons de fortune, Bartholomé devint si malheureux qu'il décida de ne plus manger ou presque… Peut-être inconsciemment avait-il peur de s'étouffer comme le pauvre Gula ? Même si le premier message n'était pas passé comme il l'aurait sou-haité, son père persista dans son étrange logique de communication en lui offrant un nouveau camarade de jeu ; une petite chatte baptisée Tristitia (tristesse). Con-trairement à l'effet souhaité et aux frasques improbables du raminagrobis, l'adolescent dépérissait à vue d'œil, sa peau mollissait, son corps se liquéfiait jusqu'au jour où le félin lassé de ses atermoiements disparut subitement.

Critiques de la presse et avis des internautes :

Extrait :

Je m'appelle Matéo Castella. Je suis né le mercredi 19 mai 1976 à Nîmes dans le quartier Jean Jaurès à quelques hectomètres des arènes. Taureau ascendant taureau… Et puis, c'était un jour de féria forcément… Mon père qui était mulillero traînait le cadavre d'un tau-reau hors de la piste lorsque ma mère accoucha en souf-france et en silence à la maison… Ce soir-là, Nimeno II, le meilleur matador français de tous les temps, offrait une performance tellement exceptionnelle aux douze mille aficionados, que le président, du haut du palco, présenta trois mouchoirs blancs à la fin du récital. Le héros salué par la foule étant plus que généreux, il offrit les deux oreilles et la queue du terrible Barbudo à Simon Castella quand celui-ci, averti par un voisin, lui fit comprendre qu'il était l'heureux papa d'un petit taureau de trois kilos et huit cents grammes. Maman, un fin cordon-bleu aurait bien fait une excellente daube avec tout cet attirail, mais victime d'une hémorragie du postpartum, elle avait été transférée d'urgence en ambulance à l'hôpital. Alors, quand Simon rentra à la maison, il mit d'abord les précieuses récompenses dans un profond récipient et les recouvrit entièrement de sel, puis il courut rejoindre sa bienaimée et son fils… Mais, c'était trop tard, ma mère était déjà morte, baignant dans son sang. Malgré l'opposition des infirmières, il la prit tendrement dans ses bras et sa chemise blanche déjà tachée d'hémoglobine taurine devint plus rouge encore… C'était un peu comme si les deux sangs se mêlaient, se mélangeaient pour n'en faire plus qu'un…